Transmission-reprise : comment évaluer le prix d’une entreprise ? Réponses d’un expert

C’est la question centrale que se posent à la fois les cédants (ceux qui vendent une entreprise) mais aussi les repreneurs (qui souhaitent racheter une activité) : comment connaître exactement la valeur d’une entreprise à vendre ?

Sébastien Garat, responsable du pôle Entreprendre à la CCI Amiens-Picardie, apporte son éclairage en la matière.

Quelle est la bonne méthode
pour estimer la valeur d’une entreprise ?

Je vais vous surprendre en commençant par le fait que l’évaluation d’une entreprise ne peut pas se résumer seulement à une méthode de calcul et à des chiffres. Pour évaluer la valeur d’une entreprise dans son ensemble (et non simplement son prix), il faut bien comprendre le secteur dans lequel elle évolue, son activité, son marché, etc. Bref, il faut prendre en compte tout son environnement.

C’est un travail préalable très important à faire car c’est de là que va découler d’abord une connaissance fine de l’entreprise, pour ensuite entamer l’évaluation financière à proprement parler. L’évaluation d’une entreprise doit faire partie d’un ensemble d’éléments. Et c’est justement notre expertise en tant que CCI, la Chambre de commerce et d’industrie étant naturellement un interlocuteur expérimenté dans le domaine de la cession-reprise d’entreprises.

Le but de cette analyse approfondie est justement d’arriver à donner une fourchette d’évaluation la plus précise possible, après avoir substitué une réalité économique à une réalité comptable.

A quoi pensez-vous en matière de différence
entre un prix et une valeur ?

Par exemple, certains dirigeants n’adoptent pas la même politique en ce qui concerne leur propre rémunération. Certains ne vont volontairement pas se verser de salaire (ou très peu). Dans le cadre d’une cession-reprise, il est important de se mettre dans l’état d’esprit du repreneur, qui, demain, ne fera peut-être pas les mêmes choix, et augmentera sa rétribution.

D’autres activités peuvent ne fonctionner qu’avec un portefeuille de clients réduit : je me souviens d’une activité qui avait un gros donneur d’ordres, qui représentait 80% de son chiffre d’affaires. C’est un élément à prendre en compte dans la valorisation, là où une analyse comptable ne s’intéressera qu’aux chiffres.

Autre exemple, dans le domaine de l’immobilier cette fois : la société à vendre peut tout-à-fait louer le patrimoine du cédant, qui généralement a racheté les murs dans le cadre d’une autre société, civile cette fois, distincte de l’activité en exploitation. Prenons le cas d’un loyer viré vers une SCI, une question se pose immédiatement : est-ce que ce loyer est représentatif des prix du marché et surtout comment va-t-il évoluer après la cession ? Toutes les réponses influent forcément sur les négociations et le prix de vente final.

Dernier cas de figure, parmi bien d’autres situations, la question de l’épouse quand elle travaille dans l’entreprise. Souvent, le dirigeant-fondateur maîtrise le savoir-faire et sa femme vient en soutien administratif. Est-elle payée exactement à la hauteur de son investissement ?

Rien que ces trois exemples ont une incidence sur le retraitement des chiffres comptables. A remettre en perspective avec les multiples situations rencontrées, car chaque entreprise possède sa propre spécificité.

Que faut-il retenir concernant
les grands principes d’une évaluation ?

Il faut bien comprendre les notions de fonds de commerce et de titres de société. Le fonds de commerce, c’est en quelque sorte le réacteur économique de l’entreprise, avec son matériel, sa clientèle, l’enseigne, le nom commercial, etc. La valeur du fonds de commerce permet d’arriver à la valeur des titres de la société (correspondant au nombre de parts sociales ou d’actions composant le capital social) : il faut y ajouter la trésorerie et retirer l’endettement (Comptes-courants d’associés, emprunts), afin de donner une valeur à l’ensemble de la société.

Nous accompagnons actuellement la cession d’un bureau d’études dont le gérant s’apprête à partir en retraite. L’entreprise affiche une rentabilité très élevée. Grâce à une large trésorerie et aucune dette, la valorisation des titres de la société atteint 2 millions d’euros environ. Sachant que l’entreprise a réalisé ce montant en chiffre d’affaires sur son dernier exercice clôturé, avec 500 000 euros d’EBE (excédent brut d’exploitation).

Pouvez-vous illustrer ce raisonnement avec un cas concret ?

Il y a environ un an, j’ai valorisé une entreprise de chaudronnerie/tuyauterie/maintenance mécanique, siégeant en Picardie. Le dirigeant, qui avait racheté quelques années auparavant, souhaitait céder car il avait des problèmes de santé. Il avait bien fait progresser l’entreprise. L’activité avait passé un gros cap en termes de volume d’affaires et de rentabilité. La valorisation avait donc progressé, par rapport au prix de rachat de l’entreprise.

En clair, il avait acquis cette société pour 190 000 euros.  Lorsqu’il a souhaité être accompagné pour la cession, j’avais alors estimé cette entreprise entre 400 000 et 500 000 euros. Au final, cette société s’est négociée à 320 000 euros car il était pressé. Dans ce dossier, le choix n’a pas été uniquement dicté par une urgence temps, d’autres éléments sont entrés en ligne de compte, notamment un repreneur qui était prêt à payer comptant.

Combien de temps prend une évaluation d’entreprise ?

Parfois le cédant est pressé, parfois non. Cela peut aller très vite, si on tombe tout de suite sur le bon profil de repreneur. Comme cela peut prendre jusqu’à plus d’une année ! Il ne faut pas non plus oublier que l’objectif du cédant est non seulement de transmettre son entreprise dans les meilleures conditions et d’assurer sa pérennité mais aussi de tirer le prix de vente vers le haut. Pour arriver à un accord gagnant-gagnant assez rapidement, il faut trouver la fourchette d’évaluation la plus juste et ne pas chercher à trop s’en éloigner.

D’un point de vue purement comptable alors,
quelles sont les méthodes de calcul ?

Un indicateur assez simple à manier, c’est de multiplier l’excédent brut d’exploitation par un certain coefficient, entre 3 à 5 fois l’EBE. Comment savoir si c’est 3 ou 5 ? Il n’existe malheureusement pas de base de données, cela s’évalue aussi à la hausse ou à la baisse en fonction d’un ensemble de paramètres dont je vous parlais au début.

Une autre méthode va consister à analyser les comptes de résultat sur les trois dernières années. En temps normal (j’entends par là hors période exceptionnelle comme la pandémie de Covid-19), on applique un coefficient pondérateur de 3 sur la dernière année, 2 sur l’avant dernière année, 1 sur l’année précédente. Quand un exercice normal n’est pas amené à se reproduire, il semble normal de le sous-pondérer, qu’il ait une incidence positive ou négative. C’est le cas justement de l’année 2020, où beaucoup de secteurs ont vu leur activité baisser ou augmenter dans des proportions exceptionnelles. Le raisonnement est également valable si une grosse commande exceptionnelle a été passée, par exemple.

Autre calcul, plus précis, c’est de s’intéresser à la rentabilité, qui permet de recouper l’EBE (excédent brut d’exploitation) et la capacité de remboursement, toujours pour estimer la valeur de l’entreprise. La CAF (capacité d’autofinancement) permet d’évaluer ce que l’entreprise peut rembourser chaque année, tout en gardant quand même les réserves financières nécessaires à son développement.

Prenons une capacité d’autofinancement de 50 000 euros, j’y applique le ratio généralement appliqué par les banques de 70%, soit 35 000 euros. Que je rapporte à une durée de 7 ans maximum (là aussi, la durée maximum qu’accordent les établissements financiers) : l’entreprise peut donc rembourser 245.000 euros.

Une autre approche, qui est quand même rarement utilisée, c’est l’approche patrimoniale : l’entreprise ne vaut que ce qu’elle possède, en se basant uniquement sur le prix du matériel. Cela peut arriver pour des sociétés qui ont connu de belles années mais ont enchainé des pertes…

Voilà tout un ensemble de cas de figures qui expliquent que, si on se base uniquement sur des éléments financiers, on peut en arriver à une évaluation qui sera forcément faussée…

Au final, que retenir ?

Toutes les méthodes de calcul reposent sur des théories. Mais la pratique implique aussi que l’on puisse se baser sur des comparaisons. Et pour comparer, il faut avoir une bonne connaissance du tissu économique. Malheureusement, il n’existe pas de base de données magique qui pourrait fixer précisément le prix d’une entreprise !

Avec ses conseillers spécialisés dans la transmission d’entreprises, la CCI peut apporter des points de repères. Nous avons par exemple accès à un observatoire des prix de vente, affichant notamment des prix de cessions restés confidentiels. Nous pouvons ainsi avoir un accès aux prix de ventes des entreprises d’un même secteur, ce qui permet de recouper avec toutes les méthodes que j’ai énumérées ci-dessus. Cette approche fonctionne très bien sur les commerces de proximité mais elle reste difficile en BtoB, d’où l’importance de faire appel à notre expertise.

L’important dans une cession, c’est en tout cas d’être bien accompagné !

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