Commerce : comment redynamiser les centres-villes et centres bourgs ? 

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Rodolphe Richez

Grand Hainaut

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Quelles actions politiques aujourd’hui dans la région ? 

Pour lutter contre la vacance de commerces en centre-ville, le gouvernement a lancé en mars 2018 le programme « Action cœur de ville ». Ce dispositif concerne les villes « moyennes ou intermédiaires », dont 23 sont situées en région Hauts-de-France.

Le Conseil régional s’associe à ce plan et souhaite aller plus loin, en partenariat avec la CCI Hauts-de-France et la Chambre de métiers et de l’artisanat : elle lance un appel à la mobilisation des élus locaux, habitants, commerçants, entrepreneurs, artisans… Cinq rencontres publiques seront organisées d’ici la fin de l’année, à Chauny dans l’Aisne, Pont-Sainte-Maxence dans l’Oise, Arleux dans le Nord et Doullens dans la Somme.

Xavier Bertrand, président de Région, va investir 60 millions d’euros dans la redynamisation des commerces en centre-ville : « On a déjà rassemblé beaucoup d’idées sur ce qui pourrait marcher mais le but de ces réunions est justement d’aller à la pêche aux idées. Nous allons fonctionner sur le mode de l’appel à projets. En parallèle, une plate-forme internet va récapituler les bonnes pratiques que l’on peut dupliquer ».

« La Chambre de commerce et d’industrie de région a mené de nombreuses études et les situations sont difficiles dans les centres-villes », reconnaît Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France. « Il nous faut aujourd’hui travailler sur la confiance : la confiance dans la capacité à avancer sur ce projet tous ensemble. Nous avons bâti une méthode de travail, comportant une grille très précise d’analyse permettant de mettre en place un mode d’action dans chaque ville et chaque bourg ».

Quels constats, quelle est la situation des centres-villes et centres-bourgs ?

« A Bapaume, une étude de la CCI sur le commerce local a prouvé que le centre-ville ne se portait pas si mal : notre offre équivaut à celle d’une ville de 15 000 habitats alors que nous en sommes loin », souligne Jean-Jacques Cottel, maire de Bapaume. « Ce qui fait notre force, c’est la fidélité de notre population un peu plus vieillissante que la moyenne mais aussi les écoles et deux lycées ». S’il doit bien admettre que la ville doit faire face à la vacance de certaines boutiques et quelques points de vente vieillissants, l’élu assume : il a pris la responsabilité de ne développer aucun centre commercial sur le territoire.

Bapaume pourrait presque faire figure d’exception dans la région. Pour Gabriel Hollander, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat du Pas-de-Calais, le problème est complexe : « Depuis des années, les villes ont trop privilégié les périphéries au détriment des centres-villes et centres bourgs. L’artisanat doit être synonyme de qualité et de proximité mais il faut également un environnement favorable : des centres facilement accessibles, où l’on peut se garer facilement, être en sécurité, avec un cadre soit agréable, etc. »

Les propos de Patrick Vignal, maire de Narbonne, président de Centre-Ville en Mouvement et député vont dans le même sens : « La dévitalisation du commerce de proximité provient d’un problème d’aménagement du territoire. 95% des français estiment que la modernisation des centres villes est un objectif important et prioritaire mais ils vont également dans les centres commerciaux. »

Eric Nonclercq, représentant la chambre interdépartementale des notaires, constate que les pas-de-porte n’existent plus, que les prix de cession baissent ou même que certains commerces ne se vendent plus, avec en parallèle une augmentation des baux de courte durée, qui permet au commerçant, en fonction de l’évolution du chiffre d’affaires, de bénéficier de loyers plafonnés.

Laurent Rigaud, président de l’U2P, l’Union des entreprises de proximité, avait fait le buzz avec une vidéo baptisée « le plus grand plan social des Hauts-de-France ». Il y explique l’ouverture dominicale des magasins, encouragée par la Métropole européenne de Lille, entraînerait la mort des petits artisans et des entreprises de proximité. « Il y a un an, la mobilisation a été forte pour faire passer de 12 à 8, le nombre de dimanches du maire (ces dérogations municipales au repos dominical). Aujourd’hui, avec la loi Macron, la grande distribution peut ouvrir tous les dimanches matins et personne ne bouge », tempête-t-il.

Quelles solutions peuvent être envisagées ?

« Les élus doivent ré-enchanter la ville : avec les unions commerciales, avec les développeurs de centres-villes, avec de la formation auprès des commerçants pour la digitalisation mais aussi avec des écoles, des collèges, des lycées, etc. », analyse Patrick Vignal. « Il faut également ré-habiter la ville : lutter contre la vacance commerciale, les vendeurs de sommeil, rénover les logements, développer le transport, la sécurité, le stationnement, la propreté, etc. ». Alain Flipo, président de la Commission commerce de la CCI Grand Lille, rappelle que le ministère des finances a mis en lumière « une corrélation très nette entre dégradation des habitats et du commerce, avec l’externalisation des services en semi-périphéries voire en périphéries ».

Au Quesnoy, la municipalité a fait barrage à l’installation d’une boulangerie Louise à l’extérieur du centre-ville : « Nous avons mené plusieurs autres actions, maintenu cette dynamique, explique Delphine Aubin, première adjointe. « Aujourd’hui, les vacances sont rares. Trois restaurants ont ouvert, des cabinets se sont installés ainsi que des créatrices de mode, une sandwicherie, le notaire bientôt : ça reste fragile mais ça s’installe dans la durée. »

Le sénateur Martial Bourquin, co-rapporteur du groupe de travail sénatorial sur la revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs, a notamment proposé que de transformer les CDAC, aujourd’hui simples chambres d’enregistrement, en organes capables de décider, en fonction d’études d’impact objectives pour accepter – ou non – de nouvelles implantations commerciales. Le rapport préconise aussi d’alléger les normes et la fiscalité en centre-ville et des mesures fiscales pour mettre les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) à contribution dans l’aménagement territorial et commercial du territoire.

Dans le cadre de la loi de finances 2019, le gouvernement a fait adopter, le 9 novembre, un amendement créant un dispositif fiscal destiné à relancer la rénovation dans l’ancien. Un dispositif sera limité à certains endroits définis par arrêté, incluant a minima tous ceux où des opérations de revitalisation du territoire (ORT), définies dans la loi ELAN (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) et toutes les zones inclues dans le plan Action Cœur de Ville.

Il faut donner envie de revenir en centre-ville, notamment via la rénovation du patrimoine mais aussi l’aménagement urbain, le stationnement gratuit de courte durée, les parkings de périphérie reliées avec des navettes, un parcours commercial, le développement des modes doux comme la location de vélos électriques, le développement de zones artisanales, une politique culturelle et touristique évènementielle, etc. « A Saint-Omer, nous avons développé des parkings d’entrée de ville de longue durée, au pied de la cathédrale. Au plus près des commerces, le stationnement est gratuit pour 45 minutes. Nous avons également réfléchi au parcours : indiquer où il reste des places, développer une signalétique piétonne, requalifier les espaces publics avec une place pour toutes les générations, à commencer par les jeux pour enfants », indique un urbaniste.

L’expérience d’une plate-forme commune sur le Grand Hainaut  

Aujourd’hui, face à l’essor des plates-formes en ligne et notamment Amazon et Alibaba, le commerce doit réinventer de nouveaux usages du commerce. Sachant qu’un produit sur dix présent sur Amazon en livraison est disponible immédiatement dans les commerces de proximité mais que seuls 30% des commerçants sont connectés sur le net, la CCI Grand Hainaut a décidé de lancer en mars 2017 une plate-forme internet, permettant de donner de la visibilité aux commerces de proximité : www.mescommercantsdugrandhainaut.com

Évidemment, outre la consultation, les participants ont été formés pour utiliser ce portail connecté. Des sessions avec plusieurs niveaux ont été mises en place, pour la montée en compétences des commerçants. Résultat : 100 commerçants du Valenciennois mettent en ligne plus de 5000 produits.

« Un des commerçants a reçu un appel pour faire une vente à distance car une paire de lunettes était référencée sur le site 100 euros moins cher… De même, on peut combattre le commerce en ligne par la disponibilité immédiate d’un produit. Encore faut-il que le client puisse localiser le commerçant et son offre depuis internet. Nous entrons dans l’ère du phygital », explique Didier Rizzo, vice-président commerce de la CCI Grand Hainaut et président de la commission régionale sur le commerce. Les retours d’expériences montrent que la marketplace ramène 15% de flux dans le centre-ville.

Prochaines rencontres

  • Chauny : le 03 décembre de 18h30 à 20h30 (VP référent : Christophe COULON)
  • Pont Sainte-Maxence : 4 décembre de 18h00 à 20h00 (VP référent : Manoëlle MARTIN)
  • Arleux : 10 décembre de 17h00 à 19h00 (VP référent : Salvatore CASTIGLIONE)
  • Doullens : 11 décembre de 18h00 à 20h00 (VP réfèrent : Julie RIQUIER)
Pour aller plus loin :
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