Chefs d’entreprise face au Covid-19 : comment ils ont traversé la crise

Deuxième période de confinement et toujours les mêmes défis à relever pour nos entreprises déjà fortement éprouvées par la crise sanitaire. Plus que jamais la CCI Hauts-de-France, la Banque de France, la Chambre de métiers et de l’Artisanat Hauts-de-France et la Chambre régionale d’agriculture sont restées mobilisées autour de Rencontres régionales de l’économie en 100% distanciel. L’occasion de partager des témoignages de chef d’entreprises pour affronter la crise sanitaire actuelle : solidarité, intelligence collective, agilité, digitalisation, relocalisation, réseau en sont les maitres-mots.

Légende : de gauche à droite, en partant par le haut : Bénédicte Fontaine, gérante d’ADD Pub – Sylvie Gilles, gérante de la Ferme des 4 Cantons – Jacques Staquet, PDG Co-fondateur d’Yper – Olivier Daher, président fondateur d’ANS COM – Olivier Barbet Maillot, PDG d’Abena Frantex

En pleine crise, difficile de voir le bout du tunnel. ‘Deux jours avant le premier confinement, mon mari et moi-même avons réuni nos 14 collaborateurs pour réfléchir à la crise sanitaire qui se préparait : nous avons ensemble décidé de créer un site prevention-virus.com sans savoir vraiment ce qu’on allait en faire’, se souvient Bénédicte Fontaine, co-gérante d’ADD Pub installée à Hazebrouck, spécialiste de la signalétique créé en 1991. Quelques jours plus tard, le site vendait des masques, des visières, des barrières plexiglas…

Notre atout, c’est de miser sur l’intelligence collective : nous étions déjà en lien avec Eura Industry Innov’, un outil d’experts pour développer la bioéconomie sur un territoire pilote. Une sorte d’union sacrée a été mise en place avec les autres acteurs du territoire : ces ventes réalisées en ligne nous ont sauvés sur les mois d’avril et mai’.

Solidarité et repositionnement 

Sylvie Gilles, Gérante de la Ferme des 4 Cantons, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires avec des coopératives, l’autre moitié en vente directe via les marchés ou les restaurants, a également misé sur la solidarité et le collectif. ‘Au départ, nous avons subi toutes les fermetures (restaurants, cantines scolaires, marchés, etc.). Les fraises allaient arriver à maturité, on s’est vraiment demandé ce qu’on allait devenir’.

Heureusement, le magasin de la ferme a pris énormément de part de marchés avec l’engouement pour les circuits courts pendant le premier confinement. ‘Cela a représenté près de 50% de notre activité car tout le monde s’est mis à la recherche de produits frais en dehors du circuit des grandes surfaces. Nous avons aujourd’hui gardé 30% de la clientèle gagnée pendant ce confinement’. Surtout la solidarité entre différents acteurs d’une même chaine a joué à plein : Sylvie Gilles a vendu les produits d’un producteur du coin qui travaillait essentiellement pour la restauration collective. Le partenariat va se poursuivre désormais.

Relocalisation 

Olivier Barbet Maillot, à la tête d’Abena Frantex, entreprise fondée par sa grand-mère et implantée à Nogent-sur-Oise, commercialise des produits à usage unique en milieu hospitalier. Lui n’a pas eu besoin de repositionner son activité puisque la demande a littéralement explosé avec la pandémie.

« Tous nos stocks ont été écoulés en quelques semaines, d’autant que des produits contre l’incontinence adulte ont été surconsommés car les établissements comme les EHPAD par exemple qui avaient la crainte de ne plus pouvoir être livrés », raconte le chef d’entreprise. Sauf que fin janvier, les fournisseurs basés à Wuhan en Chine ont fait part de leurs difficultés à pouvoir approvisionner les entreprises françaises… « On n’imaginait alors pas encore ce qui allait nous tomber dessus : du jour au lendemain, l’approvisionnement a été stoppé net ! ». L’entreprise a donc activé tout son carnet d’adresse pour mettre en place un nouveau réseau de fournisseurs en France, en Italie, en Suède, en Serbie, au Maroc, etc.

Digitalisation et télétravail 

Olivier Daher, président fondateur d’ANS Com, basée à Villeneuve-d’Ascq, a mis en place un modèle qui lui permet « de résister à toutes les crises » : « Nous avons beaucoup appris d’une mauvaise expérience il y a quinze ans où nous avions d’un coup d’un seul perdu un client qui représentait la moitié de notre chiffre d’affaires. Désormais, notre entreprise, qui assure le rôle de direction des systèmes d’informations pour les entreprises, est basée sur un système d’abonnement. Notre croissance enregistre 12 à 25% par an, avec une vraie politique de fidélisation. ».

Pour faire face à la crise sanitaire du printemps comme celle de cet automne, ANS Com a tout de suite mis en place le télétravail. « Nous nous sommes beaucoup concertés et nous avons créé un centre d’appel virtuel…qui permet aux collaborateurs d’être connectés à distance comme s’ils étaient dans leurs bureaux : les réunions se sont avérées plus efficaces, les personnes plus concentrées. Si vos collaborateurs prennent plus de pauses et que pour autant le job est fait, où est le problème ? ».

Agilité 

Jacques Staquet, dirigeant co-fondateur d’Yper, un service collaboratif, de livraison de courses et colis, a également misé sur l’agilité. ‘50% de notre business était constitué par livraison de courses au départ de supermarchés ou drives par des particuliers et l’autre moitié venant de la livraison effectuée pour les commerces de proximité jugés non essentiels et qui étaient donc fermés : la première activité a fini par compenser la deuxième, avec les tensions incroyables que les services de drive connaissaient.’

Dans l’intervalle, le dirigeant avait aussi pris le parti de maintenir les équipes en place pour préparer l’avenir, avec de nouvelles solutions digitales ou de nouveaux services. Et si c’était ça le secret, de prendre ce temps pour se préparer à renouer avec la croissance dans le monde d’après ?

Ce qu’il faut retenir de la situation économique en Hauts-de-France

2 entreprises sur 3 ont enregistré une brutale perte de chiffre d’affaires

Ont été particulièrement touchés les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, des commerces de détail et des services aux particuliers. 62% des dirigeants indiquent un recul de leur chiffre d’affaires à l’international au 3e trimestre. 30% des agriculteurs déclarent des pertes de débouchés à l’international.

Au 3e trimestre, près d’un tiers des entreprises sont concernées par des difficultés de trésorerie

Si la plupart d’entre elles ont mis en place des économies pour faire baisser leurs coûts, les différentes mesures prises par l’Etat comme les reports de charge, les exonérations et le chômage partiel ainsi que les Prêts Garantis par l’Etat ont porté leurs fruits‘, affirme Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale de la Banque de France.

32 778 prêts garantis par l’Etat (PGE) ont été accordés

…à 94% à des PME, soit au total 7,3 milliards de crédit sur les Hauts-de-France. 23% des dirigeants indiquent à risque de difficultés à pouvoir le rembourser. 1182 dossiers ont été déposés à la médiation du crédit, avec à la clef 4961 emplois préservés et 393 entreprises confortées.

45 000 emplois ont été perdus au cours du premier semestre (contre près de 800 000 en France)

73% des dirigeants ont eu recours au chômage partiel. ‘Là encore, l’Etat a mis en place beaucoup de dispositifs comme les emplois francs, comme des formations spécifiques, une action forte sur les décrocheurs de 16 à 18 ans, les primes pour l’apprentissage, etc.’, souligne la directrice régionale de la Banque de France.

Les entreprises comptent moins investir

ce qui implique moins de productivité mais aussi moins de commandes auprès des sous-traitants‘, alors qu’elles peuvent recourir au plan de relance, qui a mis en place des accompagnements pour les investissements productifs.

Les ménages ont épargné de manière forcée près de 100 milliards

‘voire même plus car cette estimation n’anticipait pas un reconfinement’. Cette réserve pourrait servir à relancer la croissance, à condition de ‘faire émerger une dynamique de nouveaux produits comme BPI France Entreprise, afin de réorienter l’épargne des ménages vers les entreprises françaises’.

La plupart des entreprises ne savent pas quand elles retrouveront un niveau normal d’activité. 

‘Il va falloir apprendre à vivre avec cette incertitude. Les entreprises auront à être agiles, sans pour autant baisser les bras. On va s’en sortir mais il faut gérer la temporalité : tous les acteurs travaillent ensemble pour passer ce cap’, conclut Kathie Werquin-Wattebled.

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